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 L'Art du Mariage à Fez au Maroc

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Nawal
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MessageSujet: L'Art du Mariage à Fez au Maroc   Ven 28 Oct 2005 - 1:47

La tradition vestimentaire, le rituel et les étapes


Au cœur de la médina de Fès et de son dédale de ruelles obscures, Meriem pénètre dans une maison aux murs décorés de faïences blanches et vertes. Pour la jeune fille, la visite est d’importance : le jour de ses noces approchant, elle vient consulter Hajja Zhor, l’une des «néggafa» les plus réputées de la ville. Ces marieuses professionnelles s’occupent des préparatifs et du bon déroulement des cérémonies nuptiales. Elles louent les bijoux, les tenues d’apparat et les accessoires de la fête, habillent et maquillent les fiancées. Comme ses semblables, Hajja Zhor, que ses assistantes appellent «maalma» (Maîtresse), est censée posséder un savoir magique. «La mariée, explique-t-elle, est très vulnérable en raison de sa beauté et de son état de félicité. Ses parures lui font office d’armure contre les maléfices et les envoûtements.»
Tout cela, il va sans dire, exige de lourdes dépenses, même si le rituel nuptial s’est beaucoup simplifié avec la vie moderne. Autrefois, il durait en effet sept jours. Sept, symbole du cycle parfait, en référence aux sept jours et sept nuits de la semaine, aux sept cieux et aux sept terres du Coran. Ce chiffre sacré marque encore d’une manière récurrente le mariage qui ne se déroule plus, aujourd’hui, que sur deux à trois jours. A cette occasion, la fiancée doit se soumettre à une série de présentations solennelles entrecoupées de musique, de chants et de danses. Ce cérémonial complexe et fastueux né vers le XVIe siècle à Fès, doyenne des villes royales marocaines, transforme l’heureuse élue en une sorte d’idole. Il s’est perpétué jusqu’à nos jours au sein des familles attachées au respect de la tradition.
Une semaine plus tard, Meriem, escortée de jeunes parentes, se rend au hammam afin de procéder à de multiples ablutions. La salle où elles se retirent est illuminée de cierges en signe de bonheur et de protection. Chants et youyous ponctuent les aspersions qui culminent avec la cérémonie du «takin» : la promise se tourne alors en direction de La Mecque, tandis que les laveuses et les masseuses, les «tayyabat» (les excellentes), versent sept seaux d’eau tiède sur sa tête en psalmodiant les louanges du prophète. A l’issue de ce bain, la fiancée est isolée derrière un rideau qui symbolise la rupture avec sa vie de jeune fille. Ainsi purifié, le corps de Meriem peut être livré au rituel de la pose du henné.
«Al-hanna», la «plante du paradis» aux vertus magiques et thérapeutiques, constitue l’une des parures essentielles de la mariée. Cette teinture végétale qui, au départ, se présente sous la forme d’une poudre verte, est à la fois un instrument de séduction et de prévention contre le mauvais œil. Exclusivement réservé aux femmes, le «jour du henné» se déroule généralement le vendredi, veille des noces, dans la demeure de la fiancée. Vêtue d’un caftan vert, couleur de la prospérité, Meriem trône sur un sofa garni d’épais coussins en velours. La jeune fille est alors entièrement recouverte d’un voile de soie blanc. A l’aide d’une seringue, Zineb trace de savantes arabesques sur ses mains et ses pieds, extrémités du corps particulièrement exposées aux démons et aux influences malignes. La «mâalma hannaya» (maîtresse du henné) exécute ces dessins avec une virtuosité extraordinaire. Cercles, courbes et contre-courbes, points, flèches triangulaires forment une écriture imagée dont la signification remonte à la période préislamique et qui, en s’enchaînant, prennent l’aspect d’une gracieuse dentelle. On y remarque la «khamsa», la main de Fatma au pouvoir protecteur, mais aussi des animaux censés apporter fécondité et sérénité, comme le poisson, le serpent ou la petite grenouille.
Devant la mariée se dressent des plateaux couverts de napperons brodés de versets du Coran aux fonctions propitiatoires. La matrone Hajja Zhor et ses assistantes y ont disposé des coupelles et des flacons contenant les ingrédients qui, une fois mélangés, composent le maquillage : le henné, l’eau de rose, l’eau de fleur d’oranger. A ces accessoires s’ajoutent du lait, du miel, des pains de sucre, des dattes, des œufs… Autant de symboles de prospérité destinés à conjurer les auspices néfastes. Tout comme les parfums -encens, pierre d’alun, bois de santal- qui brûlent dans un petit braséro en argent et dont les fumées enivrantes saturent l’air. Une fois parée de son «bouclier» de henné, Meriem ne doit plus quitter la maison de ses parents jusqu’à son départ pour celle de son mari. La nuit venue, Hajja Zhor rassure la jeune fille en lui prodiguant instructions et conseils : demain, samedi, est le grand jour d’«el berza», le «jour de la présentation» qui scelle publiquement l’union sentimentale des époux.
Dès l’aube, Hajja Zhor et ses aides s’affairent à mettre Meriem en beauté. Avec mille précautions, les marieuses sortent des parures de trois grandes valises. Vêtements brodés, bijoux en or, perles blanches, soieries tissées à la main : tous ces ornements remontent en grande partie à l’époque andalouse et font la fierté des artisans de Fès –couturières, brodeuses, joailliers- héritiers d’une tradition séculaire. Pour cette cérémonie de la présentation, Meriem est parée d’un maquillage particulier. Ses paupières, cils et sourcils sont soulignés au khôl, un fard au fort pouvoir de séduction. Ce mélange de sulfure d’antimoine, de clous de girofle, de noyaux d’olives noires, de grains de poivre et de corail doit être pilé par sept petites filles nubiles ou par une femme d’âge mûr. Sur les joues et les lèvres de la mariée, on applique aussi l’«aâkar», un autre fard naturel fait de poudre de coquelicot, de carthame, de cochenille… Légèrement humecté, il donne une couleur rouge feu d’un effet très sensuel. La partie la plus spectaculaire du maquillage est un curieux motif peint entre les sourcils, sur les pommettes et sur le menton. Il se compose d’une série de points bleus, rouges et blancs dont l’ensemble dessine un cercle ou un triangle. Ce tatouage éphémère est fait d’«aâkar», de bleu de méthylène et de céruse, ou de coquilles d’œufs pilées puis liées avec de la gomme arabique. Il vise à préserver la mariée de l’influence funeste des djinns.
Pendant ces préparatifs, les invités se sont réunis autour du patio de la maison. Annoncée par de la musique et des chants, Meriem apparaît enfin, juchée sur une sorte de palanquin surmonté par un dais que les «néggafa» portent sur leurs épaules. Deux dames d’honneur choisies par sa mère encadrent la jeune fille. Elles sont à la fois ses confidentes et ses protectrices contre le mauvais œil. Ces «haddara» sont en effet aussi richement vêtues que la mariée de manière à ce qu’elles se confondent avec elle et égarent ainsi les esprits malins. Le cortège, précédé par le futur époux habillé d’une djellaba blanche et d’un fez amarante, accomplit le tour du patio. C’est le début d’une longue journée ponctuée par les présentations successives de la fiancée, chaque fois dans une tenue distincte. Un rite particulièrement solennel destiné à l’exposer aux regards des convives, de forcer leur admiration et provoquer leurs applaudissements.
Pour la circonstance, Meriem arbore trois parures différentes (autrefois, la mariée en portait jusqu’à sept). La première est faite de soie blanche rehaussée de broderies au fil d’or et ornée de nombreux bijoux : une ceinture en or, un collier composé de trois rosaces, de longs pendants d’oreilles, sept bracelets et des bagues en or serties de perles fines. La seconde consiste en un caftan en soie gaufrée de couleur jaune d’or sur lequel Meriem a passé une longue chemise en mousseline légère. Les bijoux qui l’accompagnent sont entièrement différents. La dernière parure est la plus somptueuse et la plus spectaculaire. Il s’agit du «lebsa d-jouher», le fameux «habit de perles» traditionnel qui a fait la gloire des artisans de Fès. Pour mieux le faire admirer, Meriem s’assoit en tailleur sur sept coussins disposés sur une «mida» (table à rebords), au centre du patio. Son costume est d’une complexité étourdissante. Il comprend tout d’abord un séroual (culotte ample et bouffante), une tunique de mousseline blanche et un caftan en velours. Par-dessus ces vêtements s’accumulent plusieurs drapés : une étoffe en soie lamée d’or, puis une soierie de Lyon, et enfin une fine pièce de soie blanche ornée d’un liseré d’or. L’ensemble est complètement dissimulé par un épais brocart dont les manches volumineuses cachent les bras de la jeune fille. C’est sur cet ample manteau que les marieuses ont installé l’habit de perles proprement dit.
Les perles ont été acquises au cours du pèlerinage à La Mecque, et les parures qu’elles composent ont été préparées au cours du Ramadan. Par leur jeûne et leurs prières, les «néggafa» ont attiré sur elles la bénédiction divine. Symboles de beauté et de perfection, les perles ont été immortalisées par les poètes comme les larmes solidifiées des nymphes marines. Dans la mythologie arabe, elles ornent aussi les houris, ces créatures merveilleuses qui sont la récompense des Elus au Paradis. La croyance veut que leur éclat dresse un formidable rempart contre les mauvais sorts. C’est pourquoi les centres vitaux de la mariée, comme la tête et la poitrine, en sont entièrement recouverts. Après l’avoir protégée par un foulard rembourré, les matrones ont ainsi accroché au cou de Meriem un lourd plastron en carton garni de velours vert. Elles ont fixé dessus des colliers de perles baroques et une parure composée de cinq rangs de pendentifs ajourés. Les «néggafa» ont ensuite posé sur la tête de la jeune fille un diadème en argent doré incrusté de pierres fines. Cette coiffe est complétée par deux rideaux de perles d’eau douce qui encadrent le visage, et par deux longs rubans de tissu brodé d’or et de perles tombant le long du buste jusqu’à la taille. D’autres colliers de perles ornent encore le cou et la naissance des cheveux de la mariée.
Protégée par cette étincelante cuirasse, Meriem n’a plus rien de la jeune fille moderne qui se rendait, voici quelques jours à peine, dans la médina de Fès. Aux yeux des convives, elle est devenue une véritable icône. Ignorant la chaleur étouffante et le poids écrasant de ses ornements, elle se tient immobile, tête baissée, telle la statue d’une sainte andalouse. La mariée est à la fois montrée et cachée sous ses couches superposées de tissus et de bijoux. Seuls en émergent son visage maquillé et ses mains décorées au henné. Vient enfin l’ultime «doura», la dernière présentation avant le départ pour la maison conjugale, point culminant de la noce. Au milieu des youyous et des acclamations, les matrones font alors le tour du patio en portant sur leurs épaules la «mida» sur laquelle Meriem est assise. Hissé sur une autre table, le marié se rapproche d’elle et se penche pour embrasser le pendentif du «khit el rih» (le fil du vent) qui repose sur son front. L’union des époux est ainsi scellée par un baiser sur la parure de la fiancée…

Source Libération par Rachida Alaoui[/u][/b]

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